29/04

Le lendemain, nous avons pris notre petit-déjeuner composé de yaourt grec avec du miel de fleurs sur une grosse pierre et nous nous sommes lavés à la source. Nous avons fait une magnifique promenade ascensionnelle en suivant la rivière vers les cimes ensoleillées. Sur les berges et partout où c’était possible, poussaient des lauriers roses, Daphna en grec.

La nymphe Daphnée fut changée en laurier pour échapper au dieu Apollon qui la pourchassait de ses ardeurs. Mon dieu, je n’aurai peut-être pas dit non, à sa place. Voilà pourquoi, je n’ai toujours pas changé d’apparence. Les feuilles de laurier étaient mâchées par les ménades pour atteindre un état second selon Robert Graves qui avoue avoir consommé des champignons hallucinogènes pendant la rédaction de son livre sur la mythologie grecque. C’est cela qui est bien avec la mythologie, chacun y trouve son espace pour rêver.

En revenant vers la voiture, nous avons fait ce que les dieux grecs font couramment mais dans le coffre d’une voiture cette fois-ci. Etonnante nature humaine ! Toujours à la recherche de sensations nouvelles alors que la nature entière nous tendait les bras.

Nous reprenons la voiture en direction de Galatas, où nous montons à bord d’un caïque, un petit bateau de pêcheur, jusqu’à l’île de Poros. Nous nous baladons le long de la rive où les bateaux de pêcheurs sont amarrés, un marin égyptien répare les filets de pêche, un magasin affiche avec un certain aplomb « tout ce que vous ne trouvez pas à Ikea, nous l’avons ».
Dans un restaurant du port, je mange de la pieuvre grillée coupée, en petits morceaux. Christophe m’achète un chapeau de paille à large bord.

Plus loin sur le port de plaisance, une série de yachts attendent les clients, les gros poissons qui écument la Méditerranée. Les portiers de yacht, bras croisés et lunettes noires ont des allures de videurs de boîtes de nuit. La proximité de l’argent ne rend pas forcément sympathique. Retour sur le continent pour descendre vers Porto Héli, là où se trouve l’embarcadère pour Spetsès.
Sur la route, juste en face, nous voyons Hydra. Les souvenirs passaient dans le regard de Christophe comme des nuages dans un ciel d’été.

A porto Héli, le ferry partait dans 20 minutes et nous ne trouvions pas de place où garer la voiture. Je sentais Christophe un peu réticent à l’idée de passer la nuit sur l’île, il pensait que ça allait être l’arnaque. J’avais envie de visiter l’endroit depuis que j’avais illustré cet hiver trois des « Pages grecques » de Michel Déon, sans avoir la moindre idée qu’un jour, je me retrouverais sur place. Tous ces lieux ne me semblaient accessibles qu’en imagination et pourtant j’avais une folle envie de m’y rendre.
Christophe avait compris cela et était prêt à affronter le tour estival que prenaient nos pérégrinations dans le Péloponnèse. Le guide du routard proposait plusieurs chambres à bas prix. Nous avons facilement trouvé la pension aux volets vert pomme où une dame aimable nous a conduit dans une chambre aérée avec un joli balcon. Nous avons pris une douche, toujours très agréable ! Puis nous sommes partis à la découverte de l’île.

Si les voitures n’ont pas droit de cité sur l’île, la moto et la mobylette règnent en maître. A mon grand étonnement Christophe me demanda si je voulais louer une moto, je déclinai poliment. Je gardais un très mauvais souvenir de la moto en Grèce et lui un très mauvais souvenir de la moto en général.

Spetsès est une ville bourgeoise, belles maisons et tourisme de bon ton. Deux personnages importants, au moins, ont contribué à la notoriété de l’île, un monsieur dont j’ai oublié le nom qui a fait fortune en Amérique en devenant le bras droit de Thompson puis qui revenu au pays y a créer des Ecoles et des institutions diverses.  Vers 1850, Edmond About remarquait dans son livre sur la Grèce : « Les Grecs du dehors adorent la patrie commune ; ils se dépouillent pour elle, ils ne songent qu’aux moyens de la rendre plus riche et plus grande. Les Grecs du dedans ne songent qu’à fermer le pays aux Grecs du dehors ».
Et le deuxième personnage connu est une femme, la célèbre Bouboulina (le genre de nom qu’on n’oublie pas) née à Contantinople dans les geôles turques, fille de capitaine, première femme devenue Amirale, un peu pirate sur les bords, galvanisant ses troupes pour combattre les Turcs. Elle collectionnait les armes et les hommes. Si l’on en croit le buste qui se trouve devant sa maison transformée en Musée, elle n’avait pas l’air facile.

La soirée était douce et sentait le jasmin. Nous avons marché dans la ville comme dans un rêve éveillé, interrompu de temps à autre par une mobylette !
Nous avons choisi un restaurant en fonction du nombre de clients avant de nous apercevoir qu’il s’agissait en fait des serveurs qui étaient attablés pour appâter le client.
La nuit, un moustique diligent s’est mis en devoir de me piquer systématiquement au travers de la fine couverture, je n’ai pas bien dormi.

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