01/05

Nous arrivons à Tripoli, ville qui, curieusement, n’est pas mentionnée dans le guide du routard. Christophe était fermement décidé à acheter une couverture supplémentaire, mais tous les magasins semblaient fermés et le lendemain c’était un dimanche, pas de chance ! Il me faudrait redoubler d’ardeur pour le réchauffer. Sur la place où nous prenions notre petit-déjeuner, un homme scandait des slogans politiques dans un vieux mégaphone qui déformait sa voix jusqu’à rendre son discours complètement incompréhensible. Nous avons fini par comprendre que nous étions le premier mai.

Tout en marchant, nous avons dégusté une galatopita (tarte au lait et à la semoule) tiède, j’adore cette friandise ! Christophe sait les faire me dit-il, j’attends de goûter.

En quittant Tripoli, nous sommes remonté vers Mistra, un fort franc juché sur un roc, véritable nid d’aigle créé par un certain Guillaume de Villehardouin qui a écumé toute la région en semant des forts un peu partout derrière lui. Forts, qu’il était malheureusement obligé de céder aux Byzantins pour payer ses rançons chaque fois qu’il se faisait prendre. Pas bêtes les Byzantins !
Le fort était fermé, fort heureusement, parce que le soleil tapait fort et que la perspective de me balader dans un ancien bourg franc ne me plaisait qu’à moitié.

Nous avons traversé Sparte qui ressemble, en plus rectiligne, à beaucoup de villes grecques (voir plus haut). Les montagnes qui la bordent sont très impressionnantes.
Nous descendons vers Ghythio.
Charmant petit port et capitale administrative du Magne, des colliers de calamars sèchent au soleil, des familles endimanchées mangent dans les petits restaurants le long de la mer.
Le guide du routard faisait l’éloge d’un restaurant qui se trouvait sur la presqu’île de Kranaï et d’une pension tenue par Xena. Pendant que nous mangions face à une adorable petite église aux formes rondes, Christophe m’expliqua que c’était sur cette presqu’île, pas plus grande qu’un mouchoir de poche, que Pâris et Hélène avaient passé leur première nuit d’amour en fuite.
Quel joli nid d’amour ! petit mais joli !
Nous aussi, nous nous sentions très bien à Ghythio.

Nous sommes allés voir Xena qui nous a présenté une petite chambre à lits séparés, devant mon air embarrassé, elle nous propose d’aller voir les chambres de sa voisine.
Je la trouve sympathique et cela me gêne, elle insiste encore jusqu’à ce nous acceptions d’aller voir chez sa voisine.
Sa voisine, une petite dame accorte nous offre une jolie chambre avec un balcon face à la mer. Nous prenons la chambre et nous retournons poliment chez Xena pour lui faire part de notre décision. Elle nous sourit gentiment, elle comprend.
Pour faire honneur à cette belle soirée, je mets ma robe en soie rose, je m’habille et me parfume. Non loin du port, nous découvrons, une petite boutique remplie de marionnettes d’ombres traditionnelle grecques et de guides sur la région du Magne écrits par le propriétaire du magasin. J’achète un livre sur le Magne et un CD de musique maniote.
Je me sens étrangement chez moi, j’aime les gens passionnés, j’aime notre voyage, j’aime sentir la présence de notre amour. Je commence à comprendre ce que signifie ce mot, amour. Je me sens devenir femme, réceptive, ouverte à l’inconnu.
Je comprends qu’il ne s’agit plus de combattre, mais d’accepter la découverte.
Je suis nue sous ma robe et je me sens belle tout simplement.
La ville a plusieurs étages, elle est mystérieuse. Nous passons devant une magnifique demeure laissée à l’abandon qui de loin nous avait intrigué, une lumière s’allume au sous-sol puis s’éteint comme alertée par notre présence. En indivision d’héritage, cette énorme villa est occupée clandestinement par des pauvres. Cela donne une image fantomatique de cette Grèce qui doucement s’insinue en moi.
La soirée est magique malgré les poubelles vieilles de plusieurs semaines qui s’amassent dans les ruelles, malgré la crise.
Sommes-nous au cœur du mystère, au cœur de l’amour ?
Tout à la fois absents et présents au bonheur qui nous porte, nous ressemblons nous aussi à deux fantômes, légers, errants dans l’obscurité de Ghythio.

 

30/04

Le lendemain nous avons pris notre petit-déjeuner, face au port, tout en guettant l’arrivée du ferry, vers 10h.
Nous avons retrouvé avec plaisir notre « bonne vieille Ford ».

Nous sommes remontés vers Nauplie en passant par Epidaure.
Le site d’Epidaure est connu pour son majestueux théâtre de 12.000 places, merveilleusement conservé, mais également comme lieu de culte dédié au dieu Esculape, le dieu médecin représenté par un vieillard tenant un bâton autour duquel s’enroule un serpent. Le serpent est le symbole de la renaissance.
Les malades entraient dans une sorte de temple et s’endormaient enroulés dans des peaux de bêtes qui avaient été sacrifiées, le lendemain, ils racontaient leurs rêves qui étaient interprétés par les prêtres. On pratiquait la guérison par l’interprétation des rêves. Au fond, rien n’a tellement changé.

Dans le musée, j’ai photographié un buste antique de femme, la main sur la hanche, en position nonchalante de défi « voici mon corps, que pensez-vous de cela ? C’est beau, non ? »

Nauplie ancienne capitale de la Grèce durant la guerre d’indépendance a été successivement occupée par les Francs, les Vénitiens et les Turques. C’est une ville élégante, touristique, avec des marchands de glaces à chaque coin de rue. Elle est considérée comme une des plus jolie ville de Grèce qui d’ailleurs n’est pas typiquement grecque. Les Grecs modernes ne sont apparemment pas très doués pour la création de jolies villes, comme le dit plaisamment Edmond About « En Grèce, le passé fera toujours tort au présent. ».
Effectivement, le présent ne fait pas le poids, mais comment rivaliser avec la perfection ?
Mieux vaut carrément s’en foutre et c’est précisément ce qu’ils font, avec un certain talent d’ailleurs.

A Nauplie, j’ai laissé Christophe dans un café internet sélect pour faire un peu de shoping touristique.
J’ai failli acheter un livre sur l’érotisme au temps des Grecs anciens, mais je ne l’ai pas fait et je le regrette.
Leur manière de voir les choses est tellement belle, dénuée de toutes gênes, de tout sentiment de culpabilité, sentiment qui a fait le fond de commerce du christianisme pour les siècles à venir.
Comment en est-on arrivé là, quel recul et quelle perte pour l’amour !
Malgré tout, il me semble que les Grecs ont conservé un peu de cet amour poétique pour la beauté non pas uniquement du corps mais de l’esprit du corps, qui anime tout l’art des Grecs anciens comme la brise, caresse respectueuse et légère soulève doucement le voile révélant la beauté des corps taillés dans le marbre. Kali. Callipyge.

Sur la route, nous nous mettons en quête d’un endroit pour dormir.
Christophe a développé un certain flair pour trouver les bons endroits, les narines frémissantes, il s’arrête et dit «  là, je crois que cela pourrait être bien ».
Dans les environs d’Astros et du lit d’une rivière asséchée, c’est incroyable le nombre de rivières asséchées que nous avons croisé, nous avons installé nos minces matelas sous trois jolis oliviers. J’ai bien dormi, mon dos s’est vite habitué au sol, Christophe a eu de nouveau froid. Je l’ai réchauffé.

 

29/04

Le lendemain, nous avons pris notre petit-déjeuner composé de yaourt grec avec du miel de fleurs sur une grosse pierre et nous nous sommes lavés à la source. Nous avons fait une magnifique promenade ascensionnelle en suivant la rivière vers les cimes ensoleillées. Sur les berges et partout où c’était possible, poussaient des lauriers roses, Daphna en grec.

La nymphe Daphnée fut changée en laurier pour échapper au dieu Apollon qui la pourchassait de ses ardeurs. Mon dieu, je n’aurai peut-être pas dit non, à sa place. Voilà pourquoi, je n’ai toujours pas changé d’apparence. Les feuilles de laurier étaient mâchées par les ménades pour atteindre un état second selon Robert Graves qui avoue avoir consommé des champignons hallucinogènes pendant la rédaction de son livre sur la mythologie grecque. C’est cela qui est bien avec la mythologie, chacun y trouve son espace pour rêver.

En revenant vers la voiture, nous avons fait ce que les dieux grecs font couramment mais dans le coffre d’une voiture cette fois-ci. Etonnante nature humaine ! Toujours à la recherche de sensations nouvelles alors que la nature entière nous tendait les bras.

Nous reprenons la voiture en direction de Galatas, où nous montons à bord d’un caïque, un petit bateau de pêcheur, jusqu’à l’île de Poros. Nous nous baladons le long de la rive où les bateaux de pêcheurs sont amarrés, un marin égyptien répare les filets de pêche, un magasin affiche avec un certain aplomb « tout ce que vous ne trouvez pas à Ikea, nous l’avons ».
Dans un restaurant du port, je mange de la pieuvre grillée coupée, en petits morceaux. Christophe m’achète un chapeau de paille à large bord.

Plus loin sur le port de plaisance, une série de yachts attendent les clients, les gros poissons qui écument la Méditerranée. Les portiers de yacht, bras croisés et lunettes noires ont des allures de videurs de boîtes de nuit. La proximité de l’argent ne rend pas forcément sympathique. Retour sur le continent pour descendre vers Porto Héli, là où se trouve l’embarcadère pour Spetsès.
Sur la route, juste en face, nous voyons Hydra. Les souvenirs passaient dans le regard de Christophe comme des nuages dans un ciel d’été.

A porto Héli, le ferry partait dans 20 minutes et nous ne trouvions pas de place où garer la voiture. Je sentais Christophe un peu réticent à l’idée de passer la nuit sur l’île, il pensait que ça allait être l’arnaque. J’avais envie de visiter l’endroit depuis que j’avais illustré cet hiver trois des « Pages grecques » de Michel Déon, sans avoir la moindre idée qu’un jour, je me retrouverais sur place. Tous ces lieux ne me semblaient accessibles qu’en imagination et pourtant j’avais une folle envie de m’y rendre.
Christophe avait compris cela et était prêt à affronter le tour estival que prenaient nos pérégrinations dans le Péloponnèse. Le guide du routard proposait plusieurs chambres à bas prix. Nous avons facilement trouvé la pension aux volets vert pomme où une dame aimable nous a conduit dans une chambre aérée avec un joli balcon. Nous avons pris une douche, toujours très agréable ! Puis nous sommes partis à la découverte de l’île.

Si les voitures n’ont pas droit de cité sur l’île, la moto et la mobylette règnent en maître. A mon grand étonnement Christophe me demanda si je voulais louer une moto, je déclinai poliment. Je gardais un très mauvais souvenir de la moto en Grèce et lui un très mauvais souvenir de la moto en général.

Spetsès est une ville bourgeoise, belles maisons et tourisme de bon ton. Deux personnages importants, au moins, ont contribué à la notoriété de l’île, un monsieur dont j’ai oublié le nom qui a fait fortune en Amérique en devenant le bras droit de Thompson puis qui revenu au pays y a créer des Ecoles et des institutions diverses.  Vers 1850, Edmond About remarquait dans son livre sur la Grèce : « Les Grecs du dehors adorent la patrie commune ; ils se dépouillent pour elle, ils ne songent qu’aux moyens de la rendre plus riche et plus grande. Les Grecs du dedans ne songent qu’à fermer le pays aux Grecs du dehors ».
Et le deuxième personnage connu est une femme, la célèbre Bouboulina (le genre de nom qu’on n’oublie pas) née à Contantinople dans les geôles turques, fille de capitaine, première femme devenue Amirale, un peu pirate sur les bords, galvanisant ses troupes pour combattre les Turcs. Elle collectionnait les armes et les hommes. Si l’on en croit le buste qui se trouve devant sa maison transformée en Musée, elle n’avait pas l’air facile.

La soirée était douce et sentait le jasmin. Nous avons marché dans la ville comme dans un rêve éveillé, interrompu de temps à autre par une mobylette !
Nous avons choisi un restaurant en fonction du nombre de clients avant de nous apercevoir qu’il s’agissait en fait des serveurs qui étaient attablés pour appâter le client.
La nuit, un moustique diligent s’est mis en devoir de me piquer systématiquement au travers de la fine couverture, je n’ai pas bien dormi.

28/04

Le lendemain nous reprenons la route.
Dans une sorte de bazar typiquement grec, nous achetons deux matelas extrêmement fins mais parfaitement isolants.
Sur la route de Markopoulo, nous nous arrêtons à Vavrona dans un charmant petit marché. J’ai achète des yeux protecteurs et des fruits délicieux, que je n’avais encore jamais goûtés de la taille et la couleur d’un abricot, ce sont des nèfles, Mousmoula en grec.

Nous continuons la route jusqu’au cap Sounion où se trouve le temple de Poséidon.Face au bleu infini, devant la beauté majestueuse de ce temple, on comprend l’importance du dieu de la mer pour ce peuple de marins.

Nous prenons l’autoroute qui traverse Athènes entre deux énormes murs de béton. Tout comme la déesse Athéna, la ville n’est pas célébrée pour sa beauté mais pour son intelligence !

Nous passons le canal de Corinthe, puis, je prends le volant et vers Galatas. Le voyage est une véritable partie de plaisir, j’adore rouler sur cette route et observer mon ami qui tout en somnolant me donne les directions à suivre. Heureusement, car la signalétique grecque est assez subjective pour ne pas dire carrément absente. La route serpente joyeusement en montant progressivement. Je ne sais pas où je vais mais j’y vais le cœur content. Je n’aurais jamais cru pouvoir vivre de tels moments de bonheur. La route monte de plus en plus, je n’ai pas l’habitude des chemins pierreux et je cale devant une grosse pierre. Je cède la place à Christophe qui semble amusé par mon découragement face à l’obstacle. Je sens que nous nous rapprochons d’un lieu important pour lui, un lieu secret. Puisqu’il est secret, je ne peux pas dire où il se trouve si ce n’est près de Trizina et qu’il s’appelle le pont du diable, Sophie, ce n’est pas bien ! C’est là que Dionysios aurait rendu la vie à sa mère Sémélé, après qu’elle a été foudroyée par Zeus, son amant.

Héra, jalouse et déguisée en vieille voisine de bon conseil lui avait glissé à l’oreille, de demander à son amant, de lui révéler sa vraie nature.Ce qu’elle fit jusqu’à ce que Zeus, las de ses questionnements, lui montre enfin sa vraie nature, en la foudroyant. Il ne manquait pas d’humour. Un bon conseil mesdames : ne cherchez pas trop à connaître la vraie nature de votre amant. Je ne savais pas que son fils l’avait ramenée à la vie. Il faudra vérifier ce fait étrange, comme si les autres faits ne l’étaient pas!

Toujours est-il que l’endroit est vraiment propice au ressourcement. De magnifiques platanes orientaux protègent un espace mystérieux où s’écoule une merveilleuse petite source. La mythologie des familles : Fiona, Harry, Christopher et Sebastian ont pique-niqué à cet endroit. Sebastian était assis au bord du ravin et il est tombé dedans.

J’ai installé notre chambre encore plus bas, je ne tenais pas à renouveler l’expérience. En vérité, ce fut une des plus belles chambres de ma vie. Nous avons dormi sous un platane protecteur, les arbres nous protègent de l’humidité, ce que j’ignorais avant. Ma première nuit à la belle étoile depuis la nuit des temps ! Avec mon ami amant amoureux, dans le même sac de couchage. J’avais pris mon livre culte sur la Grèce : « Le roi des Montagnes » d’Edmond About. Et j’ai commencé à en faire la lecture à Christophe qui s’est rapidement endormi. Moi, j’étais aux anges même si en pleine nuit, le vent soufflait fort et que mes hanches me rappelaient que le sol était dur, ce qui avait pour effet de me faire bouger pour rééquilibrer le poids. Ce qui avait pour effet d’introduire le vent un peu partout, ce qui avait pour effet de refroidir Christophe qui n’avait qu’un caleçon très léger, mais très agréable au toucher, ce qui a eu comme effet de le faire ronchonner dans la nuit comme quoi il aurait dû prendre son sac habituel, et qu’en bougeant, je le réveillais sans arrêt. Christophe est un homme qui a toutes les qualités mais le manque de sommeil lui en fait perdre quelque unes. Nobody’s perfect.

A force de le câliner, les ronchonnements se sont transformés en murmures de plaisir. Et je me suis sentie moins coupable de l’empêcher de dormir.

27/04

J’arrive à Athènes à 16h30 avec la compagnie d’aviation Olympic air.

J’attends Christophe dont l’avion a du retard en buvant une bière et en regardant les Grecs autour de moi. C’est curieux l’aéroport d’Athènes me fait penser à celui de Zaventem, non loin de Bruxelles, que je viens de quitter, même gabarit, même style.

Christophe arrive, nous commençons à avoir l’habitude de nous retrouver dans des gares, ou des aéroports.

Une voiture nous emmène à la compagnie de location de voiture.

Nous repartons dans une Ford dont j’ai oublié le nom mais pas la couleur : aile de pigeon.

Nous remontons la côte Est de l’Attique. Au passage, Christophe me conduit sur le site du temple d’Artémis dans lequel sa mère Fiona, a participé aux fouilles archéologiques.

La Grèce c’est une histoire de famille.

Le site est fermé, mais qu’à cela ne tienne, Christophe saute prestement par-dessus les barreaux. Je le regarde avec admiration. J’hésite un peu mais à mon rythme, moins preste, je le suis.

Nous traversons une série de petites villes côtières qui bordent la côte Est : pas très représentatif de l’idée que l’on se fait de la Grèce mais néanmoins très agréable, j’ai l’impression de nager dans un rêve gréco américain.

Des palmiers mélancoliques faisant face à des maisons d’un modernisme déjà démodé et le doux clapotis de la mer achèvent de vous emmener dans un petit Malibu européen.

Dans la ville d’Artémis, nous arrivons devant l’hôtel Médusa où nous nous arrêtons, médusés.

Ambiance agréable de musique jazz (« Manish man » de Muddy Waters ) avec une vue sur la mer tellement proche que je me demande si tout cela est réel.

L’homme de la réception pensait que nous étions un couple gréco anglais.

Cela m’a flattée pour deux raisons : primo, les Grecs en général, aiment tout ce qui vient de Grèce, secundo, Christophe apprécie beaucoup les femmes Grecques, tertio, j’adore être prise pour ce que je ne suis pas juste et quarto juste pour le plaisir.

De son côté, Christophe a beau parler couramment grec, on le prend toujours pour un Anglais, ce qu’il est dans une certaine mesure mais pas complètement en vérité, les influences belgo, américano-germaniques se bousculent en lui pour créer un résultat assez britannique dans l’ensemble. Ses cheveux roux et son charme flegmatique le trahissent. Ce qui a pour effet secondaire d’étonner, de piquer la curiosité des Grecs : comment se fait-il qu’un anglais parle aussi bien notre langage ?

Christophe répondra avec une patience résignée à cette question durant tout le voyage.

Raconter son parcours est une forme de politesse quand on vient « d’ailleurs » et j’ai l’impression que les Grecs, peuple bienheureux, adorent raconter et écouter des histoires.

Pourquoi voyager si l’on ne raconte pas des histoires ? Pourquoi vivre si l’on ne voyage pas ?

Après avoir fait diverses emplettes nous nous cherchons un restaurant parmi ceux qui se succèdent le long du bord de mer.

Nous avons l’embarras du choix, ils sont tous vides. Va, pour le Delphini, conseillé par le patron du Médusa.

Je pense à ma sœur qui s’appelle Delphine, vive, intelligente et espiègle comme le dauphin.

Moi, je m’appelle Sophie, la sagesse. Je n’ai encore jamais visité aucun restaurant de ce nom. Dommage.

Ambiance marine. Christophe s’avance et se dirige après quelques phrases, vers les cuisines, je le suis.

Là, dans une abondance de casseroles et d’ustensiles, la cuisinière nous aborde un merveilleux sourire aux lèvres et soulève des tas de couvercles dont s’échappent des tourbillons de vapeur, je commence à saliver. L’ambiance en cuisine est nettement plus conviviale que celle de la salle désertique.

« Tiens, goûte cette soupe de poisson », « non, ces calamars n’ont pas été pêchés ici », « ça c’est d’aujourd’hui ». Christophe me traduisait au fur et à mesure et je n’en revenais pas d’entendre les restaurateurs parler aussi spontanément. Nous étions bien loin de notre Europe un peu guindée pour qui la cuisine comme les toilettes sont une affaire privée.

Nous prenons une soupe de poisson, une assiette d’espèces d’épinards, des rougets, des frites et un bon petit vin blanc frais pour faire passer le tout.

Ce menu avec de légères variantes se répètera tout au long du voyage.

Simple et délicieux.

En mai 2010, j’ai fait un voyage dans le Péloponnèse en charmante compagnie. les chapitres suivants relatent notre périple.